Tuesday, 12 July 2011

Bianchi !

Le premier opéra d'Oscar Bianchi, Thanks to My Eyes - livret et mise en scène de Joël Pommerat - a connu un superbe accueil public et critique lors de sa création, il y a quelques jours, au festival d'Aix-en-Provence (avec l'Ensemble Modern). A deux nuits de prendre à notre tour le chemin d'Aix, où nous rejoignons Jérôme Combier et Pierre Nouvel pour la création d'Austerlitz (nous en reparlerons bientôt), je ne résiste pas au plaisir de dévoiler un fragment du disque en préparation avec Bianchi : la cantate Matra, que nous avions créée en 2007 au festival Musica de Strasbourg. Alex Fostier, notre ingénieur du son, sera fâché : le mix n'est pas fini, c'est encore un peu barbouillé - mais l'essentiel y est. Nous terminerons ça au mois d'août dans la chambrette d'Alex, avec un ordinateur, un ampli et deux bons baffles (pourquoi faire compliqué?).


[Ajout du 10 décembre 2011 : le mix est terminé, masterisé, Alex n'est plus fâché 
et voici le Final de Matra dans sa version définitive]

Shivaïsme tantrique, écrits gnostiques et De Rerum Natura de Lucrèce, tout entrelacés, chantent la multiplicité infinie de la vie matérielle. Longue prière exaltée de 35 minutes, Matra fait rivaliser de lisses harmonies avec un travail rythmique turbulent mais concentré, d'une énergie implosive.
Trois plans sonores : capturés dans de longues reverbs, les six chanteurs des Neue Vocalsolisten de Stuttgart, souvent homorythmiques, projettent les textes dans le registre de la louange. Abondance de "close harmony", de quasi-clusters diatoniques, rendus plus luisants par l'ajout très dosé de quelques quarts-de-tons, qui auréolent la texture. L'ensemble instrumental souffle, crache, rythme : Bianchi a étudié la théorie des chakras, il pense la spiritualité en termes de circulation d'énergie. Quelques beaux accords spectraux aux bois, évoquant des résonances de cloches ou de gongs, nous rappellent qu'Oscar a été l'élève de Tristan Murail à Columbia. De la guitare électrique aussi, des crasses, des ombres infrabasses qui traînent, quelques saturations dans la texture : le jeune homme connaît son temps! Un groupe soliste, enfin, situé dans le bas registre (saxophone contrebasse dit tubax, flûte à bec contrebasse dite Paetzold, flûte basse), évoque le grouillement inlassable, clos sur lui-même, sans échappée, du Samsara, lieu des passions ignorantes (ou de la passion de l'ignorance). Nous avons mixé ce trio de solistes sans reverb du tout. Qu'ils collent aux oreilles comme un mauvais sucre!


2 comments:

Alex said...

Je suis fâché !

Oscaro said...

ne le soit pas Alexito.... :)

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