Le lien du jour, c'est le formidable blog de Claude Ledoux, nouveau commissaire artistique d'Ars Musica : >ICI
A tous les atterrés, tous les navrés, à tous les boudeurs d'Ars Musica - qui était devenu en l'espace de deux années l'événement artistique le plus bête du monde - j'ai le grand plaisir d'annoncer la renaissance de ce festival. En tout cas, c'est dans l'air. J'y crois. Cela s'agite! Et ça fait chaud au coeur : tous les Ictus y ont fait leurs armes et y ont tout appris, sous les directions artistiques d'Eric De Visscher, Frank Madlener, Tino Haenen, Laurent Langlois.
Par l'effet de je ne sais quelle haine de soi, renforcée par les sarcasmes commodes sur "l'académisme d'avant-garde", par l'idéologie managiérale et l'exigence faussement démocratique d'une politique fourre-tout (calquée sur la logique du grand magasin : "moi, c'est le choix"), le festival s'était effondré dans un poujadisme à pleurer. Il s'agissait de déclarer, dans un ricanement sans joie, et au sein même de l'institution créée pour préserver l'idée enthousiasmante d'un art musical qui cherche, que la musique était une émotion muette, un affect sans mémoire, éprouvé dans la torpeur d'un temps sans relief et sans résonance de pensée (si l'on excepte, éventuellement, quelques propos fades sur la "communion religieuse"). Un exemple : dès l'entrée en fonction du précédent directeur, en 2009, les essais critiques commandés par Langlois avaient été relégués, sur le website du festival, sous l'onglet moqueur du "Coin des Intellectuels". Ce n'était pas un détail. Je ne pardonnerai jamais. Il s'agissait de détruire tout ce qu'Ars Musica avait pu représenter d'amitié musicale - au sens fort de ce mot. Car la musique à Bruxelles, oui, avait été et redeviendra une philia - non pas grand magasin, non pas mosquée, mais une maison à plusieurs chambres : les chambres d'écoute, d'abord, mais aussi de longs dédales de couloirs menant aux chambres de conversation, où se déploie la joie de l'exercice critique. Où la musique laisse se dérouler la langue (minoritaire mais plurielle) qui tente de la dire - qui la dit toujours mal, si l'on veut, mais se ressource dans l'exercice impossible de la saisir. Et, par là même, de la transformer.
Bonne nouvelle : il semblerait que le masochisme n'ait qu'un temps. Deux bonnes nouvelles, en fait. La nomination, d'abord, au poste de directeur, du plus délicieux renard parmi les grands dandys bruxellois : Tarquin Billet, qui avait jadis lancé le festival aux côtés de son pote Paul Dujardin (il faudrait retrouver les photos d'époque de ces deux beaux poireaux d'adolescents). Ensuite, la nomination d'un premier "commissaire" (l'idée du "commissaire", proposée par Frank Madlener, vient du monde des arts plastiques : chaque année, un connaisseur s'engage à faire une coupe thématique dans l'actualité musicale, orientée selon sa subjectivité). Le premier commissaire est Claude Ledoux, compositeur et prof d'analyse au Conservatoire de Paris. Il outrepasse toutes les espérances : un an avant "son" festival, il délivre les "indices" (comme il dit) de sa programmation sur un blog. Sa prose est abondante, gaie, subjective. Claude convoque ses souvenirs, des notes de lecture - romans, philosophie, publie des photos et des extraits sonores. L'idée d'une transmission, d'une vulgarisation de qualité, s'impose en douceur, comme autour d'un verre. Le bistro est l'annexe naturelle et nécessaire de la salle de concert. Le bistro est lieu de haute civilisation. Les musiciens ne sont pas des mages. Les clés sont là, elles appartiennent à tous. Lisez, écoutez. Le Japon et Levi-Strauss, la guitare électrique et Romitelli, l'Amérique latine, les Dogons, les percussions : la musique moderne est riche de mille extensions, et Ledoux l'écrit calmement, en laissant aller sa plume et sa mémoire. Qui fait ça, qui a déjà fait ça? A ma connaisance, personne. Il y a du nouveau à Bruxelles, et j'en suis très fier. >ICI
JLP
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